Belge et francophone
Que de chemin parcouru depuis le lancement de ce mouvement estudiantin "Belge et fier de l'être" ! Au gré des étapes marquées d'interrogations et de constats.
Synthèse d'une expérience de quinze ans en matière socio-culturelle belge.
Histoire
En 1985, avec quelques amis, je créais un mouvement estudiantin qui répondait au nom-slogan "Belge et fier de l'être". Cette association avait pour but de promouvoir la créativité belge au-delà de nos frontières internes et était décentralisée dans l'ensemble des sites universitaires du pays.
De Namur à Leuven, de Bruxelles à Liège, de Gent à Louvain-la-Neuve, nous étions trois mille jeunes à porter la bonne nouvelle pour une Belgique unie et riche de sa diversité. Nous organisions des expositions, des conférences, des concerts, des colloques, des manifestations joyeuses. Nous procédions à de multiples rencontres avec le pouvoir politique, économique ou socio-culturel et n'hésitions pas à attaquer l'une ou l'autre excellence ministérielle qui menaçait de rompre le système de solidarité naturelle entre tous les Belges. Changer la Belgique, oui, la voir disparaître, non.
Vague belgo-belge
Durant ces années, parallèlement aux débats et changements intitutionnels, on assistait à une vague "belgo-belge". Nous n'étions d'ailleurs pas la seule émanation de cette réalité puisque d'autres mouvements plus studieux (le 'Groupe Coudenberg"), plus anciens ("Pro Belgica") ou plus ténébreux tenaient également la place. Notre mouvement s'est éteint en 1991. Nous étions las de constater qu'au fil du temps, la jeune génération du nord du pays ne nous suivait que de loin.
Pour la jeunesse flamande, la Belgique n'était pas un thème intellectuel qui rencontrait sa prédilection. Pire, au fur et à mesure des différents sondages que nous réalisions avec Marketing Unit, nous constations que son intérêt à la cause belge devenait de plus en plus léger. NOus étions dépassés par la réalité des faits. En 1989, à Anvers, je me souviens que la majorité de nos militants ne connsaissait pas un mot de la langue de Voltaire et ne participait finalement à notre action que par solidarité intergénérationnelle.
Comment promouvoir l'unité d'un pays si 60pc de sa jeunesse n'en ont que faie ? Un an passa et c'est en 1992 que je sortis un ouvrage intitulé "Tant qu'il y aura des Belges" (Editions Belmédia), synthèse de notre expérience belgicaine. Tant chez nos amis journalistes qu'au niveau du public, cette ode à la BElgique nouvelle rencontra un succès dont je fus moi-même surpris.
Pas trop quand même puisque l'ouvrage était en français et que les médias flamands attendaient la version néerlan-dophone pour sortir de leur réserve. "Zolang er Belgen zullen zijn" n'est jamais paru. Par manque de temps, d'envie et surtout d'éditeur. Aucune maison de l'autre côté de la frontière linguistique n'en a voulu.
La Belgique plate-forme
En 1993, dans un nouvel élan d'enthousiamse, je crus bon de lancer une nouvelle association, la "Fondation belge". Objectif ? Etudier et promouvoir la Belgique fédérale et ses composantes institutionnelles tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays.
Selon nous, l'Etat fédéral belge devait être la plate-forme, le lieu de rencontre des entités fédérées où chacue d'entre elles obtiendrait la matérialisation de ses propres aspirations en tenant compte du "consensus" nécessaire au fonctionnement harmonieux des nouvelles institutions. Telles étaient nos convictions alors.
Mais étaient-elles suivies par la société civile ? Pour ceux et celles qui appartenaient au monde de la création sans aucun doute. Quoi de plus naturel pour un artiste que d'appartenir à l'universelet n'avoir cure des frontières vraies... ou artificielles. Et le monde économique ? A cette époque, Jacques Solvay nous écrit en affrimant partager notre sentiment en ce qui concerne son appartenance belge. Et bon nombre de grands entrepreneurs francophones nous ont tneu le même discours. Les néerlandophones nous ont tenu le même discours. Les néerlandophones par contre étaient plus circonspects. Le patron de presse Christian van Thillo fut l'un des seuls de sa communauté à nous affirmer entre autres que la gestion du pays devait être réalisée à long terme, et sans démagogie linguistico-communautaire qui fausse la réalité belge. Jean Van Marcke par contre, alors administrateur délégué du groupe Lessius, comme beaucoup d'autres chefs d'entreprise du nord du pays, avait une seule préoccupation : donner une identité financière à la Flandre.
Dans tous ses états
La 'Fondation belge" sortira en 1994 un ouvrage intitulé "La Belgique dans tous ses états". Version réactualisée de "Tant qu'il y aura des Belges", cet écrit s'adressait à tous les Belges qui pensent qu'un pays peut évoluer profondément sans jamais perdre son âme.
Cette dernière tentative nous laissa un goût amer tant l'impression de ne plus coller aux aspirations de nos compatriotes semblait grandir en nous. C'est une lettre de Monsieur André Molitor qui nous mit dos au mur. L'ancien chef de cabinet de S.M. le roi Baudouin terminait sa missive par ces termes : "C'est donc sur la classe politique qu'il faut agir si l'on veut que la Belgique survive. Je crois qu'elle survivra, mais il ne suffit pas de se bercer de cette croyance."
Lors d'une rencontre avec Louis Michel, alors président du PRL? nous comprendrons que le ministre d'ETat n'osait même plus croire en une solidarité libérale entre le Nord et le Sud. LA coupe était pleine. Continuer s'apparentait à du masochisme.
En 1995, nous décidons de transformer la "Fondation belge" en "Fondation francophone de Belgique". L'heure était à la défense des francophones de Belgique dans une structure forte et viable. Nous avons notamment sorti une étude importante sur l'identité francophone en Région bruxelloise, une autre sur l'identité francophone des parlementaires bruxellois et parcourions le territoire de "Wallonie-Bruxelles" pour promouvoir l'identité francophone. Au fil de cette nouvelle expérience, nous nous rendîmes compte que les francophones de Belgique tenaient à voir leur identité mieux promue et mieux défendue.
Pour que la Belgique survive, nous sommes à présent persuadés que les Communautés qui la constituent doivent être aussi fortes les unes que les autres tant sur le plan économique que social ou encore culturel. Sur ce dernier point par exemple, que cela soit en matière de bande dessinée, de littérature, de cinéma, de théâtre (Bruxelles est la deuxième ville de théâtre francophone au monde) ou encore de peinture., nous n'avons vraiment pas de quoi nous plaindre. PLus encore, nous réalisons qu'il nous faut être fiers de ce patrimoine et de cette créativité que certains nous jalousent parfois. Etre Belge, très bien, mais ne cachons plus nos riches particularités.
Se serrer les coudes
C'est André Goosse, secrétaire perpétuel de l'Académie, qui nous déclarait que si le système fédéral se maintient, tant mieux; sinon, les premier devoir des francophones sera de se serrer les coudes. SAns peur face à nos voisins et en leur rappelant qu'en 1951, la Fralndre occupait 70 pc dans les dépenses du chômages pour 33,8 pc en Wallonie et 10,7 pc pour Bruxelles.
La majorité de la classe politique flamande désire aujourd'hui la scission de la sécurité sociale. Cela conduirait le quart des Wallons au-dessous du seuil de la pauvreté selon les économistes francophones Robert Deschamps ou Charles Jacqmain. Pouvons-nous accepter ce manque total de solidarité entre les personnes sans réagir?
Dans les années futures, les dépenses en matière de pensions pour la part régionale flamande pourraient aller à concurrence de 60 pc... Karel Vinck, patron des patrons flamands, s'est pleinement révélé lorsqu'il était en principe contre la séparation parce qu'on ne peut pas se le payer. Les données changent vite. Qu'en sera-t-il lorsque la Flandre aura régulé son système de pension ?
La Constitution de la monarchie belge unitaire, du 7 février 1831, fut révisée plusieurs fois. Elle va l'être encore et nous devons être pleinement vigilants, nous les francophones, à ce que, pour paraphraser le professeur Francis Delperée, les francophones n'aient plus l'oeil braqué sur le rétroviseur, alors que les Flamands fixent leurs objectifs, déterminent leur plan et ne cachent pas leurs intérêts. Les francophones doivent préparer un nouveau projet de société en y associant toutes les forces vives de leur communauté.
Qu'attendent les politiques pour commencer ?